La prison, en tant que dispositif guerrier-défensif aux fonctions d’enfermement et de neutralisation spécifiques, présentent des caractéristiques institutionnelles qui la distinguent des autres institutions, et qu’il convient d’analyser à l’aide d’un bagage théorique ad hoc – tel le concept d’ « institution totale » d’Erving Goffman. Pour autant, ce « monde clos » est étroitement dépendant de son environnement pénal, politique, géographique et social ; à bien des égards, elle participe à la production et la reproduction de formes de dominations et d’inégalités sociales qui la dépassent tout en tendant vers elle.

Après une introduction et un débat introductif sur les théories pénales dominantes (quelles sont-elles ?) leur légitimité et leur effectivité (sont-elles justes ? sont-elles efficaces ?), les séances 2 et 3 seront l’occasion de développer un regard macrosociologique sur les transformations générales de la prison et de son usage dans les sociétés contemporaines occidentales, notamment à travers la notion de « virage punitif » (punitiv turn) ; il s’agira notamment de comprendre et interpréter les mécanismes de l’inflation carcérale depuis le milieu des années 1970 jusqu’à aujourd’hui. 

Les séances 4, 5, et 6 seront davantage thématiques : interactions détenus-surveillants, expériences individuelles d’enfermement, prisons pour mineurs, gestion pénitentiaire de la « radicalisation », impact de la crise sanitaire sur les institutions pénitentiaires.

 Au fil des séances, je détaillerai, d’une part, l’apport de sous-champs de la sociologie générale (sociologie de l’individu, sociologie du droit, sociologie des professions notamment) à la sociologie de la prison, et, d’autre part, je ferai des points de méthodes (comment mener un terrain en prison ?) qui soulèveront des enjeux plus globaux relatifs à l’intérêt et les défis éthiques et scientifiques posés par l’approche qualitative et ethnographique en sociologie.


Séance 2 : Théories de la peine – Rationalité pénale moderne

Séance 3 : Mécanismes de l’inflation carcérale – Sociologies du « virage punitif »

Séance 4 : Institution totale – Droit et usages du droit en détention – Relations surveillants-détenus.

Séance 5 : Prisons pour mineurs – Expériences individuelles d’enfermement

Séance 6 : Gestion pénitentiaire de la « radicalisation » – Covid et prison 


Declining electoral turnouts, decreased trust in elected institutions, the undermining of the rule of law in so-called “consolidated democracies”, as well as failures to “export” democracy via military interventions have undermined long-held, implicit postulates in the social sciences about the superiority of the “Anglo-American” or “Western” model of democracy and the robustness of a “third wave” of democratization leading, eventually, to the global dominance of liberal democracy. At the same time, new social movements (eg Black Votes Matter, Yellow Jackets, the environmental justice movement, etc.) and ensuing conflicts, together with the institutionalization of new research fields in academia are generating debates about aspects of Western democracies that had previously elicited little public interest or were under-researched. These include, notably, discussions about the inherently racist fabric and the gendered dimensions of democratic institutions (not to say, of the social contract philosophy itself), the impact of fossil fuel dependence on the quality of democratic government, the intersections between social, ethnic and environmental inequalities, etc. Parallel to this, some social scientists express doubts as to the ability of democracies to tackle contemporary challenges (eg climate change, pandemics, terrorism) while remaining democracies.

The aim of the course is to analyze how current research in the social sciences contributes to renewing perspectives and analytical frameworks about the state of democracy in today’s world. Adopting a comparative perspective, it also intends to introduce students to ongoing academic and political discussions with which they may not be familiar (such as, for example, the conflict on “critical race theory” now raging in the US education system and political field).  

By doing so, the course also aims to show how recognized works and research in the social sciences (not to say works long considered as “classics”) have often contributed to the spread of commonsense (and sometimes misleading) assumptions about democracy – notably, by failing to adequately deconstruct key notions and research agendas centered on “trust”, “civic culture”, “radicalization”, “democratic transition”, etc. – thus providing scientific legitimacy to concrete public policy choices, some of which have had deleterious consequences on democracy. At the same time though, the social sciences have also been impacted by innovative trends (such as the rise of “global history” and the questioning of “methodological nationalism”) that led many social scientists to deconstruct long-dominant narratives about democracy as a child of “the West” and of modernity. Innovating research agendas in other disciplines – such as critical legal studies in law, postcolonial studies in literature, the history of energy systems in environmental studies – have also helped social scientists formulate new, stimulating questions about the state of contemporary democracies

La conférence de méthode a pour objectif d’accompagner les étudiantes et étudiants dans leur mémoire de recherche ou leur Bachelorarbeït (pour les FIFA) en les initiant aux méthodes des sciences humaines et sociales (dans le prolongement des conférences de MSS de deuxième année) et en les aidant à construire pas à pas leur objet, leur questionnement et leur enquête de terrain. Elle vise à compléter les conseils individuels fournis par les directrices et directeurs de mémoire mais n’a pas vocation à s’y substituer.