Nous savons – ou croyons savoir – ce que sont les inégalités économiques et/ou sociales. Mais qu’en est-il d’inégalités désignées comme « écologiques » ? Ne faudrait-il pas, d’ailleurs, parler plutôt d’inégalités « environnementales » ? Dans l’un ou l’autre cas, que faut-il entendre par là ? En quoi excèdent-elles des différences territoriales ou spatiales ? Comment peut-on les définir, les délimiter, les mesurer, les constater, les ordonner, afin éventuellement d’agir sur elles ? Est-il pertinent, du reste, d’en faire des inégalités « à part », plutôt qu’une modalité d’inégalité socio-économique parmi d’autres ? Objectivement, quelle place occupent-elles alors dans le système des inégalités en général ? Subjectivement, comment sont-elles vécues, ressenties, exprimées ? À quelles conditions des disparités deviennent-elles des injustices ? Y a-t-il d’ailleurs une différence entre la question des inégalités environnementales et celle de la « justice environnementale » ?

C’est à cet ensemble de questions (et d’autres voisines) que ce cours entend proposer des éléments de réponse. Pour ce faire, il n’entend pas trancher une fois pour toutes en faveur de la « bonne » définition, mais vise au contraire à présenter l’éventail des débats et controverses, à partir de travaux issus de disciplines diverses.

Les réformes administratives successives conduites ces vingt dernières années (Loi organique relative aux lois de finances, Révision générale des politiques publiques, Modernisation de l'action publique) ont contribué à la multiplication par l’action publique du recours à un appui extérieur via la mise en concurrence économique (délégation de service public, partenariats public/privé) (BEZES, 2009 ; DREYFUS, 2010). 

Les « consultants » s’installent ainsi au cœur des politiques publiques. Ils contribuent à leur préfiguration, leur détermination, leur conduite et à leur évaluation (BOUSSARD, 2009). De ce fait, leur mobilisation a des effets directs sur les politiques tant du fait des préconisations que des réactions qu’elle génère auprès des autres acteurs de l’action publique (BELORGEY, PIERRU, 2017 ; BERTHET, BOURGEOIS, 2017).

Cette implantation du conseil privé au sein de divers secteurs d’action publique – santé, démocratie participative, agriculture, emploi – se constate également au sein des politiques environnementales. Alors que les expertises sur l'environnement étaient historiquement structurées autour du milieu associatif (LASCOUMES, 1994), le recours au conseil privé est devenu une norme au sein de l’action publique environnementale ; certains auteurs allant même jusqu’à voir un désengagement de l’État dans ce secteur (ANSALONI, 2017). La sollicitation du conseil extérieur s’institutionnalise ainsi tant au niveau des politiques environnementales locales que nationales (BÉAL, 2017 ; LACROIX, 2019).

Ce cours a pour objectif d’explorer la dimension politique de la notion d’environnement à partir de l’évolution des politiques publiques de l’environnement de ces cinquante dernières années. Les politiques publiques y sont analysées à partir du postulat selon lequel elles sont le reflet des relations entre les institutions humaines (POLANYI, 1983) et leur environnement. Le cours reviendra notamment sur l’évolution des attentes de l’action publique environnementales qui ont concouru à la promotion des acteurs privés du conseil au sein de l’action publique et aux conséquences théoriques et pratiques de leur implantation. Après avoir défini la notion d’expertise et d’experts, il examine les transformations de la perception de l’environnement et de sa prise en charge politique que ces acteurs ont participé à promouvoir au sein des politiques publiques environnementales.